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PLAYDOYER POUR MAZARINE

Juin 20 '21 | Articles de Old Nick

Qu'il est nâvrant de voir la fine fleur de la critique littéraire française s'acharner avec une mauvaise foi qui confine au sadisme sur la jeune Mazarine Pingeot, une parfaite inconnue dont le crime consiste à avoir vu son premier roman publié à 23 ans ! L'Organe rompt avec le conformisme ambiant en saluant l'événement majeur que constitue la naissance d'un grand écrivain.


La curée médiatique n'a que trop duré, et L'Organe se doit de dénoncer, seul parmi tous ses confrères, l'acharnement inique dont fait l'objet la jeune Mazarine Pingeot, romancière prodige fraîchement sortie de l'anonymat et aussitôt propulsée dans l'implacable arène médiatique. Car quoi ? Que lui reproche-ton, à cette jeune personne ? D'avoir écrit un premier roman à l'âge de 23 ans ! Quel crime, en vérité ! Refusant, comme à son habitude, toute hypocrisie, L'Organe n'hésite donc pas à l'affirmer, au risque d'être mis au ban de la presse dite "respectable": cet acharnement n'est à l'évidence motivé que par la seule jalousie de ces confrères qui, obscurs scribouillards, aigris et autres ratés de l'écriture ne peuvent supporter l'affront de l'avènement d'un auteur majeur de 23 ans qui, de surcroît, ne doit son succès qu'à son seul talent.

Une petite provinciale discrète et timide

C'est sans doute essentiellement en cela que Mazarine Pingeot dérange: à la différence de la plupart des "vedettes" de la littérature française contemporaine, elle n'appartient pas à la petite coterie parisianiste des Belles Lettres. Mazarine Pingeot n'est qu'une anonyme provinciale, discrète et timide qui, plutôt que de faire le siège des éditeurs en venant frapper à leur porte munie de boites de chocolats, a préféré envoyer son manuscrit par la poste, tout simplement et comme tout jeune auteur idéaliste et confiant en son destin. On l'imagine chaque matin, sitôt son oeuvre expédiée, guettant timidement l'arrivée du facteur derrière les rideaux à petits carreaux rouges et blancs de sa cuisine campagnarde, le coeur palpitant d'angoisse dans l'attente d'une hypothétique réponse. Et tombant à genoux, les yeux embués de larmes et remerciant le Ciel lorsque les éditions Julliard lui écrivent pour lui annoncer la formidable nouvelle: son manuscrit va être publié !

Disons-le: la critique devrait plutôt se réjouir de voir enfin du nouveau émerger dans le landernau de la littérature française. Car la publication de la première oeuvre de Mazarine Pingeot, sobrement intitulée "Premier Roman", est un événement de nature à faire taire définitivement les mauvaises langues et les jaloux, tous ceux qui ont coutume de dire que le monde des lettres françaises est pourri par le copinage, le star-système, le népotisme et le piston. Eh bien non, l'exemple de Mademoiselle Pingeot le démontre avec la clarté de l'évidence, le monde de l'édition français n'est pas "pourri" ! Oui, il sait encore discerner le talent, puisqu'il est capable d'aller le débusquer jusque dans les recoins les plus secrets de la France profonde. En Avignon en l'occurrence, car c'est là que vit depuis longtemps, dans l'ombre paisible d'un anonymat jalousement préservé, notre jeune auteur. Grâce à Mazarine Pingeot, tous les obscurs, anonymes et néanmoins talentueux auteurs que la France abrite en son sein peuvent retrouver espoir et foi en l'avenir: aujourd'hui, il est encore possible à un inconnu, pourvu qu'il soit doué et opiniâtre, d'être édité par l'une des plus grandes maisons d'édition françaises. Et ce, sans avoir à endurer la moindre compromission ou à faire la moindre concession.

Qui, en effet, avait auparavant entendu parler de Mazarine Pingeot ? Pourtant, son histoire est émouvante. Son éditeur nous la présente comme une petite orpheline qui ne s'est jamais vraiment remise de la mort de son père. Une fêlure secrète et douloureuse qui explique le caractère poignant, souvent bouleversant, des écrits de ce jeune auteur lorsqu'elle s'aventure à nous parler, avec une réserve exquise, de son géniteur. Un bien mystérieux personnage que celui-ci. A mots couverts et choisis, elle le dépeint comme un homme "âgé" (pudeur d'artiste pour ne pas dire "sénile" ?), "cultivé" et "d'une intelligence supérieure" - des superlatifs peut-être un peu excessifs mais ô combien touchants lorsqu'ils viennent sous la plume d'une jeune femme de 23 ans ! Un homme, enfin, qui a lui aussi eu des velléités d'écriture dans sa jeunesse mais qui, à la différence de sa fille et malgré une poignée d'ouvrages au style maladroit parus chez des éditeurs confidentiels, n'est jamais véritablement parvenu à "percer". L'on ressent dans l'oeuvre de Mazarine toute l'admiration et l'amour sans borne qu'elle a pu porter à cet homme que la mort lui a arraché avant qu'elle ait pu lui faire cadeau de sa gloire...

Une nature humble et modeste, exemplaire

Les mondains et autres privilégiés du microcosme littéraire ont beau jeu d'ironiser. Les sarcasmes sont aisés quand on a l'habitude de fréquenter les luxueux salons du Fouquet's et autres lieux prestigieux réservés aux VIP de l'art officiel. Bien plus faciles en tout cas que la vie de Mazarine Pingeot, qui n'a pas dû être drôle tous les jours. Obligée d'aller longtemps à l'école pour suivre d'austères études, studieuse et appliquée, le nez toujours plongé dans les livres, elle n'a eu que très peu l'occasion de s'occuper d'elle-même. Son existence solitaire a fait d'elle une petite sauvageonne préférant les longues promenades dans la campagne avignonnaise, au volant de sa limousine, aux surboums chères aux jeunes gens de son âge. Les garçons ? Elle n'a commencé à s'y intéresser que fort tard. Pour les apprivoiser, elle a dû choisir de ne fréquenter que des discrets, des timides et des modestes, comme elle. Discrétion et modestie qui semblent d'ailleurs la marque tout personnelle de cette jeune femme remarquable. C'est cette nature humble et réservée qui lui fait fuir les photographes comme les admirateurs, ces hyènes impitoyables et vulgaires qui, depuis la sortie de son livre, la harcèlent et voudraient la contraindre à étaler sa vie privée dans les pages nauséabondes des magazines "people". C'est à n'en pas douter, encore et toujours cette modestie innée qui l'a conduite à ne concéder en tout et pour tout que trois interviews, à trois modestes organes de presse. Trois, pas plus. Passage obligé et seule concession à cette époque cynique, mercantile et médiatique qu'elle conchie à juste titre - mais en silence toujours, pour ne pas paraître arrogante.

Qu'on se le dise: l'écrivain Mazarine Pingeot est modeste, tient à le rester et ne souhaite pas se montrer. D'ailleurs, elle ne comprend sincèrement pas que l'on puisse s'intéresser à sa personne. Un écrivain, dit-elle, doit être jugé sur ses seuls écrits, sur son seul talent. Comme elle a raison ! Quoi de plus normal, en effet, pour un artiste qui se consacre tout entier à son Art que de ne pas vouloir en dire davantage sur lui-même que ce qu'il (ou elle) veut bien livrer à travers ses écrits ? Ne dit-on pas que "le style c'est l'homme" ? Que les paparazzis, journalistes et autres voyeurs et inquisiteurs professionnels se contentent de tenter de décrypter la personnalité de Mazarine Pingeot à travers la lecture de ses oeuvres, plutôt qu'en la traquant sans relâche. Ah, si tous les auteurs français, habituellement si prompts à montrer leur bobine à la TV et à étaler leur intimité sur papier glacé, pouvaient avoir la déontologie exemplaire, la délicatesse de Mademoiselle Pingeot... et son talent, bien entendu.

Sans doute, donc, a-t-elle raison de s'étonner du battage médiatique qui s'organise autour d'elle aujourd'hui. Sans doute est-elle dépassée par le succès de son "Premier roman", et la violence des polémiques qu'il suscite. Mais c'est le propre des grands artistes qui, tels l'Albatros de Baudelaire, "exilé(s) sur le sol au milieu des huées", sont condamner à traîner le pénible handicap d'un talent qui dérange. L'Histoire de l'Art nous l'a appris: un auteur majeur ne naît jamais sans faire de vagues, et Mazarine Pingeot en fait actuellement la douloureuse expérience.

Car enfin, foin des mesquineries, le talent de Mazarine Pingeot éclate à toutes les pages de sa première oeuvre. A partir d'une histoire somme toute banale - une passion amoureuse entre deux jeunes gens, Agathe et Victor - elle réussit le tour de force de captiver le lecteur, de le happer dans un univers palpitant dont elle est la grande ordonnatrice, et qu'elle maîtrise avec une maestria qui, osons le mot, confine au génie. Comme de toutes les grandes oeuvres littéraires, on ne sort pas indemne de "Premier roman". Les aventures d'Agathe et Victor tourbillonnent encore longtemps dans la tête du lecteur, très longtemps après qu'il se soit endormi.

Certes, quelques uns - disons plutôt les snobs et les jaloux - se feront un plaisir de relever ça et là quelques tournures emphatiques, quelques envolées lyriques ampoulées et un peu naïves, voire quelques mots mal utilisés. Mais c'est bien peu de choses au regard du jeune âge de l'auteur, digne descendante d'un Radiguet, et surtout de l'événement majeur que constitue la naissance d'un grand écrivain émergeant de l'anonymat. Stendhal aussi, à ses débuts, n'a pas écrit que des lignes inoubliables.

Mademoiselle Pingeot, nous attendons avec impatience votre "Deuxième roman" !

Mardi 23 Novembre 2004
Frédéric Deigbeber
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Article original et commentaires sur : https://web.archive.org/web/20150418210217/https://www.lorgane.com/PLAIDOYER-POUR-MAZARINE_a221.html

Commentaires

frocter
Janv. 13
David est chiant. On dirait du sous-voici.
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